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Ces pipelines qui menacent les peuples autochtones

Aux Etats-Unis, des oléoducs comme le Dakota Access Pipeline ou le Keystone XL sont une menace pour les communautés indigènes. Ils traversent en effet des terres sacrées et violent de nombreux traités signés entre le gouvernement et les amérindiens. L’approvisionnement en eau de nombreux américains, autochtones et non-autochtones est lui aussi impacté. Cette menace est désormais au cœur de ces communautés et fait partie de leur vie quotidienne.

Alors que Barack Obama avait refusé le prolongement de l’oléoduc Keystone XL et repoussé celui de Dakota Access Pipeline, Donald Trump a donné son feu vert pour les deux projets et d’autres devraient suivre.

Afin d’apporter un éclairage sur la situation aux Etats-Unis, des représentants de tribus amérindiennes comme celle de la réserve de Standing Rock, sont venus en Europe et ont rencontré de nombreux citoyens et militants, qui se sont rassemblées la semaine dernière à Paris pour témoigner de leur soutien.

L’atmosphère lors de l’une de ces réunions est posée d’emblée par l’un de ces représentants. Ils ne donneront pas d’indications claires sur leur mouvement ni sur leurs stratégies, par peur des téléphones et ordinateurs présents en grand nombre dans la salle. Ils l’admettent sans détour, ce qu’ils ont vécu ces derniers mois les incitent à une très grande prudence. Le terme de « paranoïa » est énoncé et l’on sent à travers leurs mots et l’intonation de leurs voix que les stigmates de la lutte qu’ils portent, s’ils ne sont pas visibles à l’œil nu, n’en sont pas moins réels. « Le gouvernement et les grandes compagnies tueront pour du gaz et du pétrole, la bataille va être rude » annoncent-ils d’ailleurs en ouverture.

Devant une agence de la Société Générale, à Paris.

Des menaces sur l’approvisionnement en eau de 17 millions de personnes

Rafael Gonzalez, fervent défenseur de l’eau, est descendant d’une tribu du Dakota. Il revient sur les préoccupations écologiques que de nombreuses tribus partagent : « Ces infrastructures menacent notre eau  » nous rappelle Rafael, en évoquant une fuite apparu le 4 avril dernier près de la rivière Missouri. « Il y a une menace qui pèse sur notre écosystème. Standing Rock c’est 8 000 habitants, mais c’est aussi plus de 17 millions de personnes qui dépendent de cette eau. Le problème dépasse donc notre échelle et concerne de nombreuses communautés ».
En 2013 par exemple, un quartier résidentiel près de Mayflower dans l’Arkansas avait du être évacué après la rupture d’un oléoduc et le déversement de milliers de litres de pétrole.

Des oléoducs financés par des investissements européens

Bien que les dernières luttes soient localisées à Standing Rock dans le Dakota, la mobilisation s’est diffusée dans de nombreuses communautés autochtones et même au-delà. En effet, les enjeux sont globaux. Comme de nombreuses banques américaines, certaines sociétés et villes, des firmes européennes ont investi dans certains de ces projets, en particulier la Société Générale et la BNP-Paribas.

Descendants et représentants des tribus Oglala Lakota, Dine et Omaha, le jeune Nataanii Means explique les enjeux de désinvestissements européens et des actions militantes : « Il est vraiment important que les gens fassent leurs propres recherches. Il faut connaître les différentes banques qui ne soutiennent pas [financièrement parlant] les pipelines et orienter son épargne en fonction. Nous avons le pouvoir de défaire les banques qui ont leurs mains dans le pétrole américain et de reprendre le pouvoir, dans nos communautés, et dans nos propres nations autochtones. »

La solidarité internationale au cœur de la résistance

Tout au long de leur histoire, de nombreux amérindiens ont essayé de résister et de faire face à l’oppression constante des colonisateurs puis des nouveaux maîtres du pays. Si ce sentiment de résistance a toujours fait parti de ces communautés indigènes, avec l’aide des réseaux sociaux ils peuvent désormais diffuser leur combat dans le monde entier. C’est dans ce but qu’ils se sont rendus en Europe.

A Paris, Bruxelles ou Amsterdam, le collectif Stand Up With Standing Rock compte bien souligner l’importance des sociétés civiles et montrer les effets d’un système mondialisé sur les peuples autochtones.

Rafael Gonzalez and Nataanii Means réprésentants de Standing Rock, à Paris.

Lorsqu’on leur demande ce qu’il est possible de faire pour les aider, les représentants des peuples autochtones sont déterminés. Outre le fait d’être vigilant sur les banques auxquelles nous confions notre argent, ils nous appellent au cœur de la bataille : « Nous sommes des militants du front. Si vous en avez la possibilité et que vous pouvez voyager, venez nous prêter main forte ».

Le vocabulaire est guerrier, les tournures de phrases directes, aucune place n’est laissée à l’ambiguïté. Mais l’écho de violence véhiculé n’est démenti par aucun membre du collectif. Bien au contraire, ils enfoncent le clou en dressant le portrait de deux jeunes militants autochtones qui ont enduré la pratique du waterboarding (sorte de torture par l’eau durant laquelle la victime subit à répétition un simulacre de noyade) à la suite d’une manifestation non-violente. Les auteurs de ce crime étaient des policiers américains.

Restant dans le thème, Rafael Gonzalez clôt la conférence sur ces mots : « Ils [le gouvernement américain et les multinationales] ne voient que l’argent, moi j’ai hâte de me battre pour la planète ».

Réunion à Greenpeace entre des membres de la société civile française et des représentants de Standing Rock.

En réalité les oléoducs représentent seulement une partie de la menace permanente qui pèse sur le développement durable et la souveraineté de ces communautés. Le financement de ces oléoducs par des firmes multinationales représentent cependant clairement une barrière à la volonté collective d’aller vers des transitions globales pour un futur durable. Pour l’instant, la bataille n’est pas perdue, mais elle dépendra des citoyens, qui partout, se lèveront pour soutenir ce mouvement.

Jack Schaeffer

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