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Le poumon de la forêt : le débat citoyen

A l’occasion du 5e débat citoyen organisé dans le cadre du programme Une Seule Planète, dix participants aux parcours différents se sont retrouvés mercredi 9 mars à L’ENSTIB à Epinal (Vosges). Cette école d’ingénieurs dans le domaine du bois était le cadre approprié pour débattre ensemble du thème choisi pour cette session : « Comment gérer la forêt comme bien commun ? » Retour ligne automatique
L’objectif : construire un message collectif et développer des outils pour planter des graines de solutions alternatives, tant à l’échelle locale qu’internationale.


Qu’ils soient agriculteur bio en retraite, père au foyer, gestionnaire de scierie, ancienne prof de S.V.T ou encore membre d’une association engagée dans la protection de la nature, une motivation commune les réunit aujourd’hui : trouver ensemble des solutions démocratiques pour mieux gérer les phénomènes anthropiques sur l’espace forestier. Tous les niveaux d’expertise sont représentés.

Consulter une population sur une thématique aussi vaste que complexe ne se fait pas à l’improviste. Pour mettre en place une méthode conforme aux principes du débat citoyen, le CRID et plusieurs de ses membres (Les Petits Débrouillards – Grand Est, Ritimo, le CCFD-terre Solidaire d’Epinal) proposent des outils d’animation provenant de dispositifs de démocratie directe. Ces outils ont été développés pour faire émerger une expertise citoyenne et collective, pour valoriser les opinions minoritaires et promouvoir la liberté de parole, comme l’explique Henri Lefebvre, coordinateur du programme Une Seule Planète.

Qu'est ce que le débat citoyen ? from e-graine d'images on Vimeo.

Le jeu de rôle pour prendre conscience des enjeux concrets

En guise d’introduction, les dix participants se rassemblent autour d’une table. Serrés les uns contre les autres, il faut se pencher au-dessus de leurs épaules pour voir apparaître au centre du cercle, des bouchons de liège aux couleurs vives et variées. Quatre groupes se constituent autour de cette forêt fictive : les garde-forestiers, les scientifiques, les citoyens militants et les exploitants forestiers. Et chacun d’eux a une mission qui est respectivement de renouveler la forêt, faire des prélèvements, dissuader l’abattage abusif, prélever du bois pour les consommateurs.

Très rapidement, la timidité des premières minutes s’estompe et ce jeu de force se fait ressentir.
Chacun dans son rôle avec sa mission bien en tête, le ton monte. Emilie fera remarquer plus tard que « la prise de parole n’était pas facile car tout le monde parlait en même temps ». Alors, sur décision collective, une négociation entre les différents acteurs s’opère et le jeu continue plus posément.

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Les participants font connaissance autour d’un jeu

En fin de partie, aucun gagnant. Mais plutôt des constats. Cette mise en situation a encouragé les premiers échanges et a permis une prise de conscience collective quant aux enjeux concrets qu’il peut y avoir dans le monde réel. Patrick fait remarquer que « chacun a apporté son point de vue intelligemment », et Dominique d’ajouter : « quand on a choisi d’abattre un arbre en forêt, c’était le résultat d’une discussion avec tous les acteurs présents ». Bonne observation, l’objectif de l’exercice était bien d’instaurer l’énergie coopérative nécessaire avant d’entrer dans le vif de la discussion comme en témoignent Dounia et Emilie, deux participantes.

La participation au débat via le jeu from e-graine d'images on Vimeo.

La nécessité de fixer un mode de discussion

Place au débat. Les deux animateurs proposent des outils de discussion pour produire l’expertise collective et l’esprit de consensus. Le but est de formuler des questions autour de la gestion forestière, qui seront posées à un groupe de témoins intervenants l’après-midi.
Les participants procèdent par un tour de table. Une prise de parole, une idée. Et ce jusqu’à épuisement du thème. Pour plus d’efficacité, deux participants se proposent spontanément de gérer le temps et de faire la synthèse à chaque tour.

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Aurélie, animatrice au CCFD Terres solidaire présente le cadre de discussion

Le croisement de regards suscite de nombreuses interrogations, notamment sur le statut de l’espace forestier et plus particulièrement sur la notion de bien commun. Effectivement, ce terme peut être assimilé à la fois à un bien collectif ou être opposé à la notion de bien privé. Après discussion, une gradation entre bien privé, bien patrimonial et bien commun s’établit. « Il a été primordial de clarifier ces points pour ne pas heurter la posture de certains participants », précise Henri.
Autres questions abordées : la gestion individuelle ou collective, la forêt comme lieu de production et de loisir, les moyens alternatifs pour la protéger et les acteurs potentiels. Patrick propose déjà une piste : « Il faut mettre en place une communication entre acteurs locaux et planétaires pour établir une gestion collective ».
Aline, facilitatrice graphique restitue une ébauche qui met en exergue la problématique.

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La matinée se termine sur des premières pistes de restitution graphique

Cette synthèse protéiforme laisse transparaître une carence d’information qui pourrait ralentir le débat. La rencontre entre participants et experts sert précisément à palier ce manque. Alors le groupe se divise pour rédiger des questions qui se résument en deux questions plus globales :
« Comment améliorer l’information et quels sont les outils de demain pour gérer la forêt en faisant participer les citoyens ? » et « Quelles sont les actions concrètes possibles pour contenir le changement climatique et bien vivre ? »

Des témoignages d’experts au service du groupe

Après un déjeuner convivial, l’amphithéâtre de l’ENSTIB se remplit d’une trentaine de visiteurs venus prendre part à l’échange entre les dix participants et les quatre « experts » invités : Daniel Valentin, adjoint au Maire d’Epinal en charge de patrimoine forestier, de la chasse et de la pêche ; Xavier Boulangé, forestier et rivièriste ; Quentin Rémy, formé à l’ENSTIB et ingénieur forestier à AgroParis Tech ; et enfin Magaly Gutierrez Galean.

Le but : l’éclaircissement. Les intervenants apportent leur témoignage mais la formulation d’une réponse collective appartient seulement aux participants. Nicolas soutient que « l’échange était tellement dense qu’il a fallu faire un travail de réappropriation par la suite ».
Satisfaits, ou peut-être moins pour certains, les participants se rendent compte à l’unanimité que leur carence en information a constitué un frein pour proposer des solutions concrètes. L’intervenant Xavier Boulangé souligne également que « la réflexion des participants était un peu uniforme (…) et qu’une vision cloisonnée avait pour risque de s’enfermer dans des réactions faciles ou des sectarismes
Mais cette expertise a fait apparaitre des angles auxquels les participants n’avaient pas pensé. Aussi, elle a donné certaines idées comme de « mélanger les savoirs locaux avec la technologie afin de préserver un équilibre », amenée par Magaly Gutierrez Galean. Ou encore, « acheter responsable comme moyen concret d’agir pour la protection des forêts », par Quentin Rémy.

Synthèse graphique du débat citoyen

Place à la synthèse. Aline, facilitatrice graphique propose de réaliser une grande fresque où les acteurs, les objectifs, les enjeux, les points de vigilance et les solutions sont matérialisés. Mais avant cela, l’équipe réalise un nuage de mots à l’aide de post-it collés sur un tableau, de sorte à créer des ponts et des associations d’idées et faire émerger une composition.
Dans ce reportage, on découvre la réponse au débat sous forme graphique.

Déroulement de l'exercice de DC from e-graine d'images on Vimeo.

Cette rencontre citoyenne n’a peut être pas apporté de solution pragmatique, face à la complexité de la question mais tous ont pris conscience de la force qui émane de l’intelligence collective et du processus démocratique. Même si le manque de bagage a pu resserrer la réflexion, cette journée a permis de poser les bases et le cadre d’une réflexion pour une prochaine rencontre. Car personne ne veut s’arrêter là, Cécile propose de « continuer le travail » et tous pensent que le débat citoyen sert aussi à cela : faire se croiser des gens, des parcours, des forces et promouvoir la diversité.
Pas de solution concrète donc, mais de grandes idées notamment celle d’améliorer la coopération et le dialogue entre les acteurs du milieu forestier, tant à l’échelle locale qu’internationale.

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Restitution final du débat citoyen (dessins d’Aline Rollin)

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