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Changeons notre modèle agricole !

Réunie le temps d’une journée à St Denis, la confédération paysanne a présenté treize doléances pour une agriculture paysanne accessible à tous qu’elle soumettra aux candidats à la présidentielle. L’occasion d’échanger avec chercheurs, agriculteurs et membres de la société civile.


Un modèle agricole qui affecte l’environnement, le revenu des agriculteurs et la santé des consommateurs, c’est ce que dénonce depuis désormais 30 ans ce syndicat agricole minoritaire. Politique agricole commune, aide alimentaire, restauration collective, accords de libre échange ou politique commerciale européenne, c’est l’ensemble du système alimentaire et agricole qu’il convient de remettre en cause. Appuyé par le regard de chercheurs, la critique de l’agriculture conventionnelle a très vite débouché sur des propositions concrètes

Dominique Paturel, Francois Collard Dutilleul et Denis Lairon aux assises de l'agriculture de la confédération paysanne le 19 janvier.

Un cercle vicieux pour l’ensemble de la société

Loin de se limiter aux dégâts environnementaux, l’industrie agro-alimentaire a aussi des impacts sur la santé des consommateurs. Comme le rappelle Denis Lairon, nutritionniste et directeur de recherche à l’INSERM, l’alimentation des français est avant tout mauvaise. Trop riche en glucides ou en protéines due en partie à une surconsommation de nourriture animale, toutes les études montrent désormais des carences nutritionnelles sur l’ensemble de la population. Mais les techniques de production ont elles aussi des effets sur notre santé : « Sur un échantillon de 400 personnes, toutes sont contaminés par les pesticides, et les liens entre pesticides et cancers, comme celui de la prostate sont désormais avérés » alarme le nutritionniste.
En mangeant plus de légumineuses au détriment des carnés, bien trop énergivores, les français pourraient réduire leur impact sur l’environnement tout en bénéficiant des mêmes apports nutritionnels. « 80 % des surfaces agricoles françaises sont consacrées à l’alimentation des bêtes » rappelle Denis Lairon.

L’aide alimentaire, pilier de l’agro-industrie

Si la production agro-industrielle est néfaste pour la santé des consommateurs et pour l’environnement, les doléances s’attaquent aussi à l’aide alimentaire, qui justifie les surplus de production. En France, près de 10% de la population bénéficie de celle-ci. Distribué principalement par des associations comme les restos du coeur, ces denrées sont collectées via les invendus des grandes surfaces ou directement chez les producteurs et dans l’industrie agro-alimentaire. Ainsi, pour les partisans du modèle agro-industriel, ce système permettrait, via l’aide alimentaire, de nourrir une part toujours plus importante de la population qui n’a plus les moyens de s’alimenter correctement.

Pour Dominique Paturel, sociologue à l’INRA, « il faut sortir de cette vision paternaliste de l’aide alimentaire pour en faire un véritable droit à l’alimentation ». Spécialiste de l’alimentation des personnes précaires, la sociologue détaille leurs choix alimentaires. « Interrogés, les personnes précaires ont les mêmes représentations d’une alimentation bonne et varié que l’ensemble de la population. »
Comment dès lors faire changer les comportements, si l’agriculture paysanne représente un coût supplémentaire dans le budget des ménages ?

Vers un service public de l’alimentation ?

Très vite, les trois chercheurs se rejoignent. « C’est d’un service public de l’alimentation que nous avons besoin ! Si la santé, le logement, la culture dépendait de l’offre et de la demande, cela serait catastrophique. Mais parce que l’alimentation est délocalisable, nous n’avons encore inventé de modèle public » détaille Francois Collard Dutilleul, juriste et spécialiste de la sécurité alimentaire dans le monde.
Soutenir les agriculteurs par des prix minimums de vente imposés, réguler la pression foncière subit par de nombreux exploitants et sensibiliser la population sur un autre type d’alimentation, moins énergivore et tout aussi bénéfique, c’est autant de mesures recommandés par ces 13 doléances.
Dans la salle, les réactions sont nombreuses. Le niveau local et la restauration collective reviennent souvent comme levier d’action pour appliquer ces pratiques. En pleine campagne présidentielle, la confédération paysanne entend désormais soumettre ces propositions aux futurs candidats.

Documents à télécharger

  13 doléances pour l’accès de tous et toutes à une alimentation de qualité.